A l’heure où les opinions occidentales se « droitisent » et où les populistes d’extrême droite gagnent du terrain, le clivage politique gauche-droite a-t-il encore un sens ? Après l’échec patent du communisme, la gauche a-t-elle encore une alternative politique à offrir ? La question écologique peut-elle réanimer la politique ?
C’est quoi « les marchés » ? Des banques, des fonds d’investissement, des assureurs : des gens qui placent de l’épargne. Des placiers. Autrefois, on pouvait placer directement son épargne : acheter du grand emprunt EDF ou SNCF. C’est fini. Giscard, puis Barre, puis les autres ont obligé les épargnants à passer par des intermédiaires, lesquels, évidemment, ont fait leur beurre au passage. Giscard a interdit la Banque de France d’acheter les dettes du Trésor (de faire marcher la planche à billets, qui soulagerait bien le budget de l’Etat). Puis la Banque de France est devenue indépendante (Pasqua), puis soumise à la BCE (Jospin). La monnaie, bien public, a été définitivement privatisée.
Et puis les banquiers ont fait leur travail, qui consiste à pousser les gens à s’endetter pour leur prélever des intérêts. Après avoir réussi à faire s’endetter les ménages, ils ont réussi à faire s’endetter les Etats, et on en est là.
Un pays qui croît à 1% ne peut pas rembourser 4%, ou 5%, ou plus par an. C’est mathématique. Si votre revenu croît de 1% par an, vous ne pouvez jamais, jamais rembourser. Jamais. C’est pourquoi la Grèce ne pourra pas rembourser, mais la France non plus, ne rêvez pas. Ou alors, elle s’y ruinera. Elle y laissera la peau.
Et maintenant, le Pérou ? Constituée en laboratoire du néolibéralisme à partir du milieu des années 1970, l’Amérique latine a changé de visage. Depuis une dizaine d’années, une grande partie de la région est « passée à gauche », un phénomène souvent décrit comme une vague (lire « D’élections en réélections »). Or voici que la lame emporte un nouveau bastion de la droite. Le soir de l’élection présidentielle péruvienne de juin 2011, le candidat victorieux — M. Ollanta Humala, un homme de gauche — proclamait : « Plus jamais le gouvernement ne servira les intérêts de l’élite qui vend les richesses minières du Pérou à des multinationales. Tout cela doit changer. » Rupture ? Dans le même discours, M. Humala promettait, tout aussi fermement, de ne pas toucher au modèle économique péruvien.
Si une vague progressiste a bien déferlé sur l’Amérique latine, elle se voit communément qualifiée de « rose-rouge », tant diffèrent les courants qui la traversent. A tel point que certains des gouvernements de la région, qui avaient façonné des majorités électorales en mobilisant les classes populaires, sont désormais confrontés à une double menace : d’une part, la résurgence de la droite (dans les urnes, comme au Chili en 2010, ou par la force, comme au Honduras en 2009) ; de l’autre, des mouvements de protestation alimentés par les espoirs frustrés d’une partie de la population. Deux facteurs qui, combinés, révèlent certaines des limites internes et externes des processus politiques en Amérique latine. [...]
Alors que, entre 1988 et 2003, 90 milliards de dollars de biens publics ont été bradés par les Etats d’Amérique latine, la « vague rose-rouge » interrompt les privatisations. Les dépenses publiques augmentent - leur montant par habitant triple au Venezuela en 1999 et 2008 - et des programmes sociaux ambitieux voient le jour ou bénéficient de plus de moyens : « plan d’urgence sociale » en Uruguay, « bourse familiale » au Brésil, « assignation universelle par enfant » en Argentine, etc. Partout, les droits des travailleurs sont mieux défendus, le salaire minimum augmente, cependant que les budgets consacrés au logement et à l’éducation gonflent ; l’analphabétisme régresse dans toute la région. Tandis que, en dépit de manifestations massives, la France imposait à la population un recul de l’âge de la retraite, la Bolivie le faisait passer de 65 à 58 ans. Autre exemple : au Brésil, la part des salaires dans la valeur ajoutée a augmenté de 3.6 % entre 1999 et 2009, pour atteindre 43.6 %. Pendant la même période, elle a régressé dans la plupart des autres pays de la planète. Les progrés sont donc incontestables.
De telles politiques expliquent sans doute la popularité dont continuent à jouir dans leur ensemble les gouvernements issus de la gauche latino-américaine. Mais avant même d’être fragilisées par la crise et le réveil des droites, ces politiques suffisaient-elles vraiment à répondre aux attentes des classes populaires ?
Les gouvernements progressistes ont certes redirigé vers les populations les plus défavorisées une partie des revenus générés par les exportations de matières premières. [...]
Il n’en reste pas moins que, en dépit de certains discours, les bouleversements significatifs du système inégalitaire de redistribution des richesses s’avèrent d’autant plus rares que les réformes fiscales sont timides. [...]
Comme d’autres pays classés à gauche, le Brésil n’a pas véritablement opéré de transformation structurelle susceptible d’éradiquer les causes de la pauvreté et des inégalités : l’amélioration des conditions de vie y demeure d’autant plus fragile qu’elle repose sur des programmes gouvernementaux qui pourraient être suspendus - voire supprimés -, à la suite d’une alternance gouvernementale ou d’un plan d’austérité « imposé par une récession économique... [...]
Les réformes ont été plus profondes au Venezuela, où elles se sont inscrites dans un projet ambitieux de transformation de l’Etat, de remise en cause de la notion de propriété privée et de renforcement de la participation populaire au sein du système démocratique. [...]
Ces gouvernements - dénoncés comme « radicaux » par les observateurs modérés et libéraux - ont conquis le pouvoir à la suite d’élections qui les ont placés à la tête d’Etats corrompus, clientélistes, bureaucratiques et oligarchiques. Scrutin après scrutin, une rupture semble s’être produite : la plus grande menace qui pèse sur ces pays provient moins de la droite que de l’ « intérieur » du bloc au pouvoir.
Prébendes, népotisme, baronnies : lorsque les cadres compétents manquent, les « entrepreneurs de la révolution » prennent parfois le dessus. Eux s’avèrent moins enclins à transformer une situation qui les promeut au rang de nouvelle classe privilégiée. Et puis, à mesure que son niveau de vie progresse, une partie de la population envisage différemment l’urgence de la transformation sociale. [...]
Comme j'interrogeai Paulo sur ce qu’il répondrait à un jeune qui lui demande ce que signifie qu’être de gauche aujourd’hui, il répondit :
-Peut-être peut-on partir de la devise de notre pays. Liberté - Egalité - Fraternité. « Liberté » la valeur première parmi toutes pour la droite. « Egalité », l’idée communiste. Reste alors pour la gauche de gouvernement, euh... la fraternité (éclat de rire)
-Martiiiine ! Avons-nous tous les trois hurlé dans un même élan pour finir dans un grand éclat de rire commun. (Cet accès d’hystérie s’expliquant sans doute par le sujet de conversation précédent où nous avions partagé notre ras le bol de toujours voter sans enthousiasme « contre », la plupart du temps pour soutenir un « looser »)
Sur ce, notre « sociologue » nous a donné quelques clés sur l’origine du « care », concept que l’on doit à des intellectuelles féministes américaines où, contre toute attente, il fut question du beau métier d’hôtesse de l'air (...)
« Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est le résultat d’un long processus. Ceux qui travaillaient dans des banques, qui avaient un commerce ou de bons postes dans le bâtiment ne se sont pas retrouvés à la rue tout de suite. Ils ont souvent bénéficié d’une aide familiale, ont vécu quelques mois chez des amis ou des proches. Mais le problème est qu’ils ne peuvent pas retrouver de travail, car il n’y en a pas. L’Amérique est confrontée à quelque chose qu’elle ne connaissait pas vraiment, le chômage de longue durée. Quand vous additionnez les saisies immobilières et le chômage, c’est la catastrophe. Alors, peu à peu, on voit tous ces gens qui viennent frapper à notre porte. »
Le directeur d’une structure d’aide aux plus démunis en Floride
Libération du 15 et 16 octobre 2011 Dénuement durable par Fabrice Rousselot
Le chômage reste en tête des préoccupations de français, tout comme le pouvoir d’achat et la protection sociale (retraites et qualité des soins de santé), tandis que l’anxiété concernant « la sécurité des biens et des personnes » passe au second plan.
Pourtant, après 30 ans de chômage de masse et de politiques d’emploi, aucun candidat à l’élection présidentielle ne se risque à faire de la lutte contre le chômage l’axe principal de sa campagne.
La question est certes épineuse. A offres d’emplois données, le chômage dépend d’abord de la population active, qui augmente notamment avec les entrées sur le marché du travail des jeunes, et les sorties du marché du travail des vieux.
On pressent ainsi que le vieillissement d’une population peut réduire les tensions sur le marché du travail : des postes se libèrent en masse pour laisser place à des jeunes. S’appuyant sur ce constat, certains n’avaient pas hésité à nous annoncer la fin prochaine du chômage. De même, on pressent que les dernières réformes des retraites consistant à allonger de la durée d’activité pour faire valoir ses droits à toucher une retraite, a un impact négatif sur le chômage.
Pourquoi ne lie-t-on plus la question du chômage des jeunes à la durée d’activité des vieux ?
Pourquoi également n’explore-t-on pas des incitations à la cessation progressive d’activité assortie d’un tutorat de jeune pour transmettre un métier ?
Ensuite reste l’essentiel : la création nette d’emplois permettant d’absorber les demandes nouvelles d’emplois. Création nette, c'est-à-dire la différence entre les créations d’emplois et les destructions d’emplois.
Du côté destructions, pas de problème, on ne connaît guère que la litanie des « plans sociaux », fermetures, délocalisations dans l’industrie, qui en ne cessant de perdre des emplois (13% des emplois en 2008, 600 000 emplois détruits en 10 ans), va finir par rejoindre l’agriculture (3%).
Du côté des services, la fonction publique qui a été au siècle dernier un gros créateur d’emplois, désormais les suppriment en masse. Le commerce et la banque qui un temps affichaient des gisements d’emplois important, tendent aussi à les réduire.
Bref, c’est la création d’emplois qui fait défaut, malgré les « assouplissements » de fonctionnement du marché du travail[1].
Aujourd’hui, le problème s’aggrave du fait du ralentissement de la croissance dont dépend directement celle des créations d’emplois.
Si la lutte contre le chômage est une priorité des candidats à l’élection présidentielle dans l’opposition, ces derniers devront dénoncer avec force les politiques budgétaires restrictives exigées par les marchés, qui vont faire plonger toute l’Europe dans la récession et le chômage.
De bon matin de Jean-Marc Moutout
La fin annoncée de l’emploi industriel est-elle une fatalité ? Quand on considère la richesse générée par ce secteur, le nombre d’emplois tertiaires induits par l’activité industrielle, peut-on se permettre de renoncer au volontarisme politique en la matière ?
Est-ce qu’il est raisonnable de dépenser autant d’argent pour former des ingénieurs qui ne trouveront pas de travail[2] ou qui devront aller travailler en Chine ? Pourquoi en dépenser autant pour former des financiers et des ‘ marketeurs’ ?
Une industrie recentrée uniquement sur la recherche-développement dans les hautes technologies avec délocalisation systématique de la production, cette vieille idée, offre-t-elle un potentiel suffisant de création de richesses et d’emplois ?
Quel combinaison de financements pour solvabiliser l’énorme potentiel d’emplois dans le secteur des soins et d’aides à la personne ?
Où sont les études économiques de reconversion écologique de notre économie (énergies douces, environnement, agriculture biologique), leur impact en matière de qualifications et d’emplois, leurs prescriptions en matière de formation, de soutiens au démarrage... ?
[1] On enregistre en statistique, de plus en plus d’emplois à temps partiel, voire très partiel (8 heures hebdomadaire pour un étudiant), ce qui explique par la même occasion le phénomène des travailleurs pauvres (working poors).
[2] Ce fut un temps le cas d’un de mes frères qui pourtant s’était spécialisé dans ce qui restait un point fort de notre pays : les industries agro-alimentaires. Il a fini par trouver du travail, mais dans un centre de formation du ministère de l'agriculture.
En 2e position des préoccupations des français, vient ensuite celle du pouvoir d’achat, lequel dépend de leurs revenus et du niveau général des prix.
Du côté revenus, le problème principal est celui des revenus d’activité, du revenu des actifs, en premier lieu des jeunes actifs dont les salaires sont maintenus trop bas par le chômage de masse.
Autrement dit, le profil de leur poste est toujours plus exigeant pour gagner des clopinettes : le salaire minimum. La généralisation du travail précaire et du travail à temps partiel non choisi les plombent encore davantage. Au point que peut parfois finir par se poser un problème d’incitation à l’activité eu égard les minimas sociaux (dont le RSA).
Du coup, la droite a plutôt tendance à mettre en avant le niveau trop élevé de ces minimas sociaux et à culpabiliser l’ensemble des chômeurs toujours soupçonnés de ne pas rechercher du travail, la gauche, à dénoncer le niveau trop faible des salaires.
Côté prix, même si nous échappons à l’inflation galopante grâce à ce chômage de masse et aux importations bon marché et une monnaie relativement forte, le sentiment dominant est celui de chocs inflationnistes en premier lieu sur l’immobilier.
Le logement est un droit fondamental. Pourquoi dans un pays qui a toujours connu une croissance de son PIB, ce droit n’est-il plus assuré ? Pourquoi rien n’est pensé pour endiguer cette inflation immobilière ?
Pour ceux qui travaillent, d'un côté le salaire-coût (c'est-à-dire incluant les charges sociales) est toujours trop élevé pour inciter à l’embauche, ou par rapport à celui du travailleur bulgare ou chinois, s’ils travaillent dans un secteur exposé à la concurrence internationale; d'un autre côté, le salaire net qu’ils perçoivent est devenu insuffisant pour vivre décemment.
Dans une économie de marché, on ne peut contraindre les employeurs à réduire leurs profits en augmentant leur masse salariale (sans compter ceux qui ne peuvent pas), ne reste alors que l’abaissement des charges sociales salariales et/ou patronales avec obligation (?) pour l’employeur d’augmenter d’autant la feuille de salaire.
A cet égard, la plus ou moins grande exonération de charges sociales est un instrument des « politiques de l’emploi » utilisé depuis longtemps, souvent sans penser leur compensation par une autre ressource budgétaire, ce qui ne manque pas détériorer les comptes de la Sécurité sociale.
Mais alors, nous faut-il choisir entre emplois ou protection sociale ?
Comment financer cette protection sociale sans freiner les embauches, ni rendre les travailleurs pauvres ?
Ne peut-on vraiment pas modifier l’assiette de financement de notre protection sociale et/ou fiscaliser une bonne partie son financement[1] ?
Combien de temps pourra durer le fait qu’en moyenne les inactifs perçoivent plus qu’une grande partie des actifs[2], alors même que leurs pensions sont financées par ces actifs dans un système de retraite par répartition ?
[1] Au-delà de la CSG qui fournit déjà des ressources supplémentaires en n’étant pas seulement prélevée sur les salaires mais sur toutes les catégories de revenus, y compris revenus du capital et pensions de retraite.
[2] Impossible de trouver sur Internet une statistique à l’appui, je me souviens juste d’une rubrique « indicateurs clés » qu’avait Libération qui le montrait, tout comme l’écart entre salaires du privé et du public très en faveur de ces derniers après la déflation salariale subie par le secteur privé.
Dans la conclusion de son chapitre « que faire face au chômage ? »[1], Guillaume Duval fournit une liste de mesures pouvant constituer le début d’un vaste programme de lutte contre le chômage pour les candidats d’opposition à la présidentielle.
Bref, face au chômage de masse, il n’existe donc pas de remède miracle et il faut faire feu de tout bois : chercher à doper la croissance, déployer des emplois aidés, jouer sur l’emploi public, réduire le temps de travail, accélérer la conversion écologique de l’économie... Sans oublier d’aider les chômeurs eux-mêmes. Mais les politiques menées en France actuellement n’activent quasiment aucun de ces leviers. Pas étonnant que les Français n’aient pas le moral.
[1]La France d’après - rebondir après la crise Les petits matins / Alternatives Économiques 2011
Des manifestants sur le pont de Brooklyn avant les arrestations (1er octobre 2011)
La vague d'indignation s'étendrait désormais à 147 villes des Etats-Unis.
Les militants de la coordination Occupy Wall Street, inspirés par le mouvement des "indignados" en Espagne, continuent de faire parler d'eux. Ils protestent contre les inégalités, contre ces "nantis", ce "1% (de la population) qui prend tout" tandis que eux, les "99% restants [n'ont] rien". Car le taux de chômage dépassant 9%, couplé à un secteur de l'immobilier en plein marasme, mine le moral des ménages. Alors chômeurs, travailleurs précaires et autres révoltés s'insurgent. Ceux-là disent être contraints de choisir entre le loyer et la nourriture, lorsqu'ils ne sont pas expulsés. [...]
Pour éviter que son malaise face à la manière de gouverner dans notre pays, ne se termine en ulcère, Jean-Michel Ribes a écrit et mis en scène René l’énervé un opéra-bouffe jubilatoire.
« Réponse du berger à la bergère » : la politique spectacle méritait son spectacle politique. Ribes ne pouvait mieux choisir que l’opéra-bouffe, pour une farce joyeuse de petite résistance en chansons que Reinhardt Wagner a mise en musique.
Un sans faute. Une anomalie peut-être ? Tout le monde en prend pour son grade sauf les journalistes qui sont tout de même au politique ce que le beurre est au kouign-amann.