lundi 2 avril 2012

Au nom de dettes publiques ignominieuses, l’horreur économique


Madrid 29/03/2012






On résume pour ceux qui n’ont pas suivi : presque partout en Europe, particulièrement dans la zone euro, sous l’injonction des marchés financiers, sont mises en œuvre des politiques « d’austérité » ayant pour dénominateur commun de tailler dans les dépenses publiques et la protection sociale, d’augmenter les prélèvements obligatoires pour les « classes moyennes », le tout, le plus souvent accompagnées de mesures de « réforme du marché du travail » visant à réduire les salaires et le droit du travail. 
Les objectifs sont pour les premières de donner des gages aux créanciers des États de la volonté des dirigeants de réduire les déficits et l’endettement public qui ont explosés depuis la crise financière de 2008, pour les secondes, de favoriser la création d’emplois en instaurant une bonne « compétitivité » et « flexibilité », ou « pauvreté » et « précarité » (ça dépend d’où on parle).

Ceux qui prescrivent et mettent en œuvre ces mesures disent en espérer des effets positifs au moins à moyen terme, en attendant, il s’agit pour eux de faire le dos rond pendant les désordres sociaux provoqués par leurs décisions (les manifestations jeudi dernier en Espagne étaient par exemple particulièrement impressionnantes). 



Grève générale en Espagne - mars 2012

 

Le chaos à la clé des politiques d’austérité : bêtise ou prévarication ?


Sans surprise, les instituts de conjoncture annoncent la récession et l’explosion du chômage pour un nombre croissant de pays. C’était tellement évident, qu’il est permis de se demander si on a affaire à de la bêtise ou à de la prévarication, dans le cadre d’un plan bien huilé de mise à mort de ce qui reste de « socialiste » en Europe (autrement dit d’économie non marchande publique), pour le confier aux intérêts privés (la bancassurance rêve par exemple depuis toujours de récupérer tout le pactole de la prévoyance).
J’ai du mal avec la théorie du complot, alors, va plutôt pour l’hypothèse de la bêtise, comme incapacité à penser l’interdépendance et la complexité, l’ignorance ou oubli de quelques vérités en macroéconomie.

L’appel au sens commun pour faire passer le sophisme


Le bien fondé des politiques d’austérité conduites ne butte pas l’entendement d’une grande partie des opinions publiques. « Ben, oui, quoi, où est le problème ? Faut bien arrêter de dépenser pour rembourser cette dette. » C’est tout le génie de la contre-révolution néolibérale conservatrice que de s’appuyer sur le sens commun des populations (terme plus adéquat que « bon sens » dans le cas présent, comme d’ailleurs beaucoup d’autres).
C’est beaucoup plus simple de faire passer que « L’Etat, c’est comme une famille, on ne peut jamais dépenser plus ce qu’on gagne, sinon on devient surendetté et on entre dans une spirale infernale. », que de questionner l’économie de marchés financiers qui a été mise en place depuis le milieu des années 80 et les contraintes qu’elles font peser sur l’action publique et son financement, ou la pertinence des politiques fiscales en Europe.


Philippe Ramette Objet à voir le monde en détail (1990-2004) 
au Mac/Val de Vitry

 
Dans un petit livre au titre provocateur « Vive la dette»,  Marc Bousseyrol s’efforce de déconstruire les évidences les plus communes sur les dettes publiques. Par exemple, il réfute l’argumentation de l'héritage de la dette que nos enfants devront payer :

« Non, la dette publique n'est pas un fardeau générationnel : chaque bébé ne naît pas avec une dette de 18.700 euros sur la tête, comme l'affirme le rapport Pébereau [rapport sur la dette publique de 2005, rédigé par Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, ndlr], mais au contraire avec un héritage net de 11.000 euros, si l'on tient compte du patrimoine public. La dette sert à financer des infrastructures, des écoles, des hôpitaux etc., dont bénéficieront les générations futures. »

L’Etat en voie de décomposition vs l'enrichissement des rentiers


L’argument vaut tant que le démantèlement de l’Etat-providence n’est pas trop avancé. Pour Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, la Grèce et le Portugal subissent une décomposition de l’Etat : « On y brade des actifs publics, on démantèle la protection sociale. C’est un peu ce que l’on a fait au bloc soviétique dans les années 1990, avec les succès qu’on connaît. »

Selon lui, la clé d’une thérapie autre que celle de l’austérité, ce sont des taux d’intérêts publics bas pour tous les pays de la zone euro, bas jusqu’à devenir négatifs en termes réels, c'est-à-dire inférieur à l’inflation. A la place de cela, ces deux pays empruntent encore à 5 %, ce qui les conduit inévitablement dans le mur.
Ces emprunts sont en partie souscrits par les banques privées qui font au passage une belle marge en se faisant refinancer par la BCE à 1%. Cherchez l’erreur systémique !


Gilles Barbier - Révolution à l'envers (2002) au Mac/Val de Vitry

 

Une initiative citoyenne européenne pour la suppression des dettes ignominieuses


« Que faire ? » se demandait Lénine en 1902. L’UE nous propose une disposition de « démocratie participative » : L'initiative citoyenne européenne, inscrite dans le traité de Lisbonne  et applicable à partir d’aujourd’hui.
Elle permet « à un million de citoyens de l'UE de participer directement à l'élaboration des politiques européennes, en invitant la Commission européenne à présenter une proposition législative ».
Je suis un brin sceptique mais je vais signer celle qui a été lancée à la suite de la catastrophe grecque et qui concerne les dettes publiques :

Nous vous invitons (adressé au président de la commission européenne), selon l’article 8 du Traité de Lisbonne, à introduire et finalement faire voter dans l’Union Européenne les propositions suivantes :

- Supprimer pour chaque partie unilatéralement la partie de la dette publique qui rentre dans la catégorie de la “dette ignominieuse”. La plus grande partie de la dette est composée de la capitalisation des intérêts, qui s'amplifie depuis plusieurs dizaines d'années. Le capital des emprunts a déjà été remboursé. En d’autres termes, annuler les INTERETS COMPOSES.

- Établir le Principe de “l’état de nécessité”. Quand l’existence économique et politique d’un État est en danger à cause du service de cette dette odieuse (chômage galopant, effondrement des salaires et des retraites, fermeture d’hôpitaux et d’écoles, des services sociaux, misère personnelle etc.), le refus de paiement est nécessaire et justifiable.

UN MILLION DE SIGNATURES POUR “L’EUROPE DE LA SOLIDARITE”

Collectif pour un audit citoyen de la dette

L'horreur économique de Viviane Forrester (1996) 

Et si l'on recréait la dette publique perpétuelle ?   Libération 1/12 

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Sur ce blog 

Dettes publiques, euro et politique : dernières nouvelles du bourbier

Contre le discours dominant sur la dette publique

Le salut par l'Europe ?




programmé au festival du cinéma du réel


dimanche 1 avril 2012

"No future" à Budapest





La réalisatrice Lucile Chaufour a voulu savoir ce qu’étaient devenus les punks de Budapest qu’elle avait filmés en super huit en 1984. Par un montage de ces images avec celles des retrouvailles, elle en a fait un remarquable documentaire « East Punk Memories », présenté au festival international de films documentaires qui vient de se dérouler à Paris.

Aujourd’hui jeunes quadragénaires, ils appartiennent à une génération qui a vu se réaliser en 1989 son rêve le plus fort : la fin du régime communiste haï et l’accès à la liberté en démocratie capitaliste, à « l’âge des possibles ».

Il ressort de leur propos un étonnant mélange de détestation de l’époque communiste et de nostalgie.
Si le temps qui a passé les incline, comme nous tous, à considérer avec indulgence leur jeunesse et à n’en conserver que les bons souvenirs (le cas de mon service militaire est pour ce qui me concerne emblématique), aucun ne regrette le système totalitaire qui les avait poussés à devenir des punks harcelés par la police.
Pourtant, quel que soit leur place dans le nouveau régime capitaliste, la désillusion et l’inquiétude semblent les sentiments les plus partagés : précarité de leur existence, pauvreté d’un très grand nombre, insécurité et violence, éducation et soins devenus payants. Le communisme avait ses maux, mais pas ceux-là.


Berlin - Karl Marx-Engels Forum - mars 2008

Et la politique ? Sur ce plan, le « no future » semble continuer à prévaloir.
L’un d’eux va jusqu’à dire que les politiciens sont aujourd’hui aussi mauvais que du temps du communisme.
Être élevé dans un système où « le politique » était hypertrophié, y est sans doute aussi pour quelque chose.  
« Dans ce système, être punk, c’était naturellement être de droite » dit l’un des garçons.
Le communisme était internationaliste, l’opposition serait nationaliste, d’autant plus facilement que le sentiment national est exacerbé depuis le traité du petit Trianon qui fit perdre à la Hongrie deux tiers de son territoire, avec un magyarophone sur trois se retrouvant en dehors des nouvelles frontières.
A cet égard, notre copain László, hongrois originaire de Transylvanie en Roumanie, raconte que lorsqu’il fit la demande de la nationalité française et qu’on lui proposa de changer de nom, il pensa : « ce n’est pas de nom que je veux changer, mais est-ce que le lieu de naissance c'est possible ?»


 "On ne veut pas qu'une part du gâteau, on veut toute la boulangerie" Berlin avril 2010


Mais ce n’est pas seulement pour cette raison, que Viktor Orban a accédé au pouvoir en 2010 avec son projet souverainiste et conservateur. Il profite du démantèlement des acquis du socialisme engagé par la gauche libérale sous la pression de l’UE[1] et des banques, qui lui a permis de donner à son parti une image « sociale ».
C’est d’ailleurs ce que dit avec étonnement l’un des ex-punks. Par un étonnant chambardement dont la Hongrie n’a pas l’exclusivité, à gauche (pro-européenne), on ne trouve plus guère que « les riches ».
Bref, ici peut-être plus encore que chez nous, la confusion idéologique paraît totale.

«Prolétaires de tous les pays d’Europe, unissez-vous !» aurait pu écrire un Marx en petite forme
Euh..., c’est pas gagné.


[1] En 2004, leur pays a rejoint l’Union Européenne dans l’avant-dernier élargissement, portant à 25 pays son effectif.



Ai Weiwei Study in perspective au Jeu de Paume








mercredi 28 mars 2012

Pourquoi les partis de gauche ne profitent pas de la crise ?








La crise financière et la crise tout court profite-t-elle à la gauche, se demande Bruno Amable cette semaine dans le quotidien Libération ?
Vu qu’il s’agit de la crise d’un modèle de capitalisme dont les partis de droite sont les plus grands défenseurs, les partis de gauche auraient dû  en principe avoir le vent en poupe, or il n’en est rien, les gouvernements conservateurs gouvernent en Europe de façon encore plus écrasante qu’ils ne le faisaient avant la crise (Cf la carte du paysage politique européen dans l’article précédent).

Par conséquent, il serait plus juste de problématiser ce paradoxe de la façon suivante : « pourquoi les partis de gauche ne profitent-t-ils pas de la crise ? », lequel me rappelle le livre d’un contributeur américain du Monde Diplomatique,  « Pourquoi les pauvres votent à droite ? », dans lequel il s’efforçait de s’expliquer comment son Kansas natal, bastion historique des démocrates, avait basculé dans le camp des néoconservateurs de Bush.
Lorsque j’avais commandé le bouquin à ma copine libraire (pas vraiment de gauche), elle m’avait dit dans un éclat de rire « t’as besoin d’acheter un bouquin pour ça ? Parce qu’ils sont cons. » Je me dus de lui répliquer : « C’est sans doute un peu plus compliqué, du moins je l’espère, sinon, il n’y aurait pas de livre. »



Diogène par Lovis Corinth

 
Pour ce qui concerne l’Europe et la période récente, l’économiste avance un certain nombre de raisons.
La crise est défavorable aux sortants et plus durement  aux gouvernements de centre gauche qu’aux gouvernements de droite "sans qu’on puisse vraiment expliquer pourquoi".

Est-ce par ce que les difficultés économiques rendraient les électeurs moins généreux à l’égard des pauvres ou bien plus exigeants à l’égard des chômeurs ? Une étude concernant la Grande-Bretagne tendrait à invalider cette hypothèse en montrant que les conservateurs n’ont pas reconquis le pouvoir parce que la population s’était droitisée (ses attentes sont des demandes «de gauche »)  mais parce que les conservateurs auraient été jugés plus « compétents » pour faire face à la crise.

Pour Bruno Amable, « Si le facteur compétence est un déterminant important du résultat électoral, la persistance de la crise devrait in fine être défavorable aux gouvernements sortants. Comme les gouvernements étaient déjà majoritairement à droite en Europe avant le déclenchement de la crise, cela laisserait entrevoir la possibilité d’un changement conséquent de couleur politique à mesure que la crise dure et que les élections arrivent. »

Autrement dit, il entrevoit la perspective d’un revirement à gauche des électeurs européens. Pour l’étayer, il s’appuie sur le précédent de la crise des années 30 qui avaient dans un premier temps profité aux conservateurs pour ensuite, la crise s'aggravant, profiter aux partis de centre-gauche notamment aux démocrates autour de Roosevelt.

Néanmoins, il y met deux conditions : que les opinions soient majoritairement convaincues qu’il s’agit d’une crise du capitalisme requérant un changement de politique, mais surtout que les partis de gauche proposent autre chose que la politique d’austérité de leurs rivaux.

Bruno Amable dans Libération
 


Manifestations à Bucarest en janvier-février 2012 (photo : Adrian Calugaru)






Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre, Jerome De Missolz

mercredi 21 mars 2012

Le salut par l’Europe ?


Photo : Peter Komka





La 9e de Beethoven dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick


Hormis chez EELV qui ne dépasse pas 3 % d’intentions de vote, aucun candidat pour la présidentielle ne manifeste le moindre enthousiasme européen. C’est casse-gueule électoralement : selon un sondage récent, l’Europe aurait de moins en moins la cote.
L’éditorial du Monde qui y fait référence, considère cet état de l’opinion comme paradoxal : l’Europe n’a jamais été aussi impuissante.

Les Français veulent moins d'Europe. Une majorité d'entre eux se dit indifférente à l'idée européenne. Quand elle n'y est pas hostile. Moins d'un Français sur deux estime important que l'Europe permette à son pays de peser davantage sur les décisions politiques et économiques prises au niveau mondial. Le même pourcentage juge que la défense d'un "modèle européen" - économie de marché associée à une forte protection sociale - n'est pas une priorité en ce XXIe siècle naissant. (...)
Or, depuis une dizaine d'années, les institutions communautaires ont de moins en moins de pouvoir. "Bruxelles" ne décide plus grand-chose, les Etats ont repris le dessus. L'Europe n'a jamais été moins fédérale qu'aujourd'hui. Il y a une renationalisation de toutes les politiques.
On n'ose jamais le dire, mais une partie de la crise de l'euro vient de là. Les Etats, à commencer par l'Allemagne et la France, ont estimé qu'ils pouvaient s'affranchir des règles fixées par traité sur le niveau autorisé de leur déficit budgétaire. Aucune instance "bruxelloise" n'a eu assez d'autorité pour s'imposer aux Etats.
L'école souverainiste l'a emporté. Elle est majoritaire aujourd'hui dans l'opinion, à en croire le sondage. L'idée de souveraineté partagée - au cœur de la construction européenne - est battue en brèche. Les souverainistes français sont ainsi venus conforter la conception britannique de l'Europe : aucun empiétement sur les pouvoirs des Etats, et notamment de leurs Parlements. Hormis l'établissement du grand marché unique, il n'y a plus guère de "politique communautaire". 

 Francisco Goya Les désastres de la guerre vers 1812

On est tout de même en droit de se demander si ce paradoxe n’est pas qu’apparent, si « le délitement de l’idée européenne » ne provient pas justement du délitement des capacités à agir de l’Europe et d’espoirs déçus.
En effet, l’Europe et la souveraineté partagée qu’elle implique, a notamment toujours été « vendue » aux populations, comme un moyen de créer des emplois, de permettre à un petit pays de s’insérer plus favorablement dans la mondialisation contemporaine, de les protéger autant que possible de la violence du néocapitalisme mondialisé.

A la place, la France a assistée impuissante à sa désindustrialisation par les délocalisations, à la paupérisation de l’Etat par la concurrence fiscale, à l’inexorable montée du chômage et son cortège de malheurs. La crise des dettes publiques au sud de l’Europe et par-dessus tout en Grèce a été l’ultime épisode marquant l’immense échec de la gouvernance européenne à atteindre ces objectifs.



 
Sur France Culture, Mathieu Pigasse dont la banque (Lazard) a conseillé le gouvernement grec pour l’obtention de l’abandon de 50 % des dettes grecques privées, déplore la médiocrité de la gouvernance européenne (« un gouvernement par le vide », un « G zéro ») dont les dirigeants n’ont absolument pas été à la mesure des enjeux.
En ce qui concerne la Grèce, il regrette avec tristesse que ce qui n’était au départ qu’un » feu de broussailles » ait pris l’ampleur d’un désastre. Lui le banquier (de gauche), a réaffirmé que les politiques d’austérité engagées partout sont inadaptées économiquement et injustes socialement.
Selon Pigasse, la croissance ne reviendra pas toute seule, il convient d’agir en donnant une priorité à la croissance et à l’emploi, une croissance tirée par l’investissement, privé comme public (notamment dans l’innovation et les infrastructures).

Sa conviction que « l’Europe reste encore le recours, que la France seule ne peut plus rien, mais que l'Europe peut », est partagée par l’intelligentsia. En revanche, le consensus cesse lorsqu’on évoque les politiques européennes et nationales à mettre en œuvre pour ce faire.

Car enfin, le nouveau traité de discipline budgétaire constitue bien, s’il est appliqué, un pas en avant dans le fédéralisme et la coordination des politiques budgétaires, toutefois il traduit aussi une certaine conception idéologique du rôle des pouvoirs publics.
Mathieu Pigasse considère par exemple que « la règle d’or » est absurde, en particulier en incluant les dépenses d’investissement public comme élément du déficit budgétaire plafonné[1].
Reste que ce traité a été signé par une Europe pour l’heure politiquement ancrée à droite, libérale ou conservatrice.


[1] Il balance d’ailleurs l’Allemagne toujours citée en exemple, qui a fait disparaître une bonne partie de ses dettes publiques par des artifices comptables.



La couleur politique des gouvernements en Europe - Mars 2012

 
Peut-être est-ce en partie pour cela que Michel Rocard pour le moment, ne croit plus en l’Europe. «Il n'y a plus d'Europe. Ecrit-il dans son dernier livre (...) L'Europe est dispersée et contradictoire. (...) Il n'est pas espérable de lui voir retrouver convergence et leadership. (...) Elle n'est, hélas, pas un acteur majeur pour la sortie de crise».

A raison, Mathieu Pigasse rappelle le 2e scénario catastrophique que ça implique : éclatement de l’euro, replis nationaux, protectionnisme,...

Pour finir, bien que ce pays de l'UE n’appartienne pas à la zone euro, j’ai appris presque par hasard (très peu couvert) que ça bardait en Roumanie.
Il semble que des péripéties autour d’impopulaires mesures de réduction de la couverture de l'assurance-santé et de privatisation partielle du système de santé en faisant entrer des assureurs privés, aient été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la colère d’une population qui n’en peut plus des plans d’austérité, de privatisations et de « libéralisation » imposés depuis la crise de 2008 par les créanciers de la Roumanie, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Union européenne : 
baisse de 25% du salaire des fonctionnaires, augmentation de 5% de la TVA, gel des allocations de retraite et mise à pied de 200 000 fonctionnaires qui ont diminué le pouvoir d'achat des citoyens de façon drastique. 
Le 1er ministre démocrate-libéral a dû démissionner un mois après de manifestations continues.

Que pensez-vous que répondraient les roumains si on leur posait la même question qu'aux français : « la défense d'un "modèle européen" - économie de marché associée à une forte protection sociale - est-elle une priorité en ce XXIe siècle naissant ? » ?



Bucarest - Maison du peuple décembre 1991


L’Europe, désespérément (1/2)

L’Europe, désespérément (2/2)




  
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Action discrète à la Coupe Davis - les sportifs Francais résident en suisse... 

samedi 17 mars 2012

Pour pouvoir voter pour lui, évitez votre candidat


Siège du PCF place du Colonel Fabien Paris 19e - Oscar Niemeyer 1970-1980





Il y a cinq ans, c’était déjà la même chose. Il me fallait donner ma voix à une candidate qui quoi qu’elle annonçait, quoi qu’elle disait, quoi qu’elle faisait, me portait sur les nerfs (sans compter qu’elle me paraissait vraiment idéologiquement suspecte).
Pour ne pas flancher au moment crucial du vote, je protégeais mon bulletin en fuyant « Evita Peronnelle » comme la peste dès qu’elle apparaissait sur l’écran ou ouvrait la bouche sur une radio, tout comme je zappais tout article portant sur une de ses annonces de campagne.

Cinq ans plus tard, les primaires socialistes ont voulu que ce fût son ex mari et père de ses enfants, qui représentât le candidat « de gauche » qui avait le plus de chances de neutraliser Sarkozy et sa clique.
Si « Monsieur Normal » se situe beaucoup plus bas dans l’échelle d’énervement, je conserve jusqu’au 22 avril la même ligne de conduite pour ne pas défaillir dans ma décision de contribuer à  faire gagner celui qui a le plus de chances de faire tomber l’UMP au pouvoir.

Avec Arrêt sur Images, j’ai découvert qu’on pouvait être encore plus ultra que moi : le journaliste Delfeil de Ton, lequel « revendique de ne jamais écouter les reportages sur la présidentielle, ni à la radio, ni à la télé, ni nulle part. (...) Il ne connait même pas la voix de François Hollande, ce qui ne l'empêchera aucunement de voter pour lui. »


 

 
Définitivement, ras le bol du « Je » en politique qu’a imposé Sarkozy.
Candidats, si seulement vous pouviez retrouver l’usage du « Nous » !
Des projets, des équipes.
Marre du mauvais show du candidat providentiel ! Marre des ravages des conseillers en communication ! Marre de la médiocrité des journalistes politiques ! Marre des bagarres de cour de récréation ! 
Marre de l’immaturité en politique ! 
Marre d’être pris pour des bœufs !

P.S. Quand arrêtera-t-on aussi ces distributions de prospectus ? 
Ce matin, comme les samedis précédents, le passant se sent cerné par les candidats. 
Aussi contreproductif que pathétique !





mardi 6 mars 2012

Misère de la politique à gauche : l’indispensable vote utile


ADM9, robot trader, installation du collectif RYBN à la Gaîté Lyrique


 


Dans le journal à 100 voix de Télérama, Frédéric Lordon s’en prend à François Hollande et à tous ceux qui le soutiennent, en contestant leur ancrage « à gauche », ainsi qu’à l’obligation de « vote utile » qui s’imposerait aux électeurs « de gauche ».
Pour lui, « être de droite, c’est vouloir ne pas changer le cadre ; être de gauche, c’est vouloir le transformer ».
A raison, il leur reproche de définir un projet politique peu convaincant, qu’il qualifie « de gauche de droite », car s’inscrivant dans le cadre des traités européens de Maastricht-Lisbonne, à savoir l’acceptation du primat de la finance actionnariale, du libre-échange, « de l’orthodoxie de politique économique sous surveillance des marchés financiers ».

(...) Or pour qui cherche vraiment le fin mot des inégalités et des formidables régressions imposées au salariat, c’est bien dans ce triangle qu’il faut chercher :

1) la contrainte actionnariale telle qu’elle impose des objectifs de rentabilité financière dont les masses salariales sont la variable d’ajustement (contrainte actionnariale qui n’est certes pas directement promue par le traité européen… mais contre laquelle on ne lutterait qu’au prix d’une suspension de son article 63 interdisant toute entrave aux mouvements de capitaux ;

2) le libre-échange dont les principes de concurrence non distordue imposent les pires concurrences distordues (avec des pays dont les standards sociaux et environnementaux sont pour l’heure sans rapport possible avec les nôtres) ;

3) un modèle de politique économique quasi constitutionnalisé par le traité européen qui organise délibérément sa propre tutelle par les marchés financiers (l’article 63 encore) et consacre la prééminence des créanciers internationaux au point d’en faire les nouveaux ayant-droit prioritaires des politiques publiques : leurs demandes d’austérité passeront avant toutes les autres, et notamment celles des corps sociaux.




Tsunami au Japon - mars 2011

Le précédent de Lionel Jospin qui renia sa promesse de campagne en ratifiant le traité d’Amsterdam, l’autorise à douter de celle faite par François Hollande de renégocier le nouveau traité de discipline budgétaire (Mieux vaudrait écrire que c’est une promesse qui « ne mange pas de pain » puisque pour la tenir il faudrait que les 25 gouvernements européens qui viennent de signer ce traité, acceptent de revenir sur leur décision).
Toujours avec justesse, il se demande « quels degrés de destruction sociale les austérités européennes devront atteindre, quelles quantités de chômeurs, de pauvres dans les rues, quelles régressions sociales et sanitaires il faudra connaître pour qu’un jour le parti socialiste se décide à considérer qu’il y a un problème avec cette Europe. »
Frédéric Lordon reconnaît que ce n’est pas « une idée bien fameuse » que de critiquer dans cette tribune le candidat « de gauche », immanquablement perçue comme « faisant le jeu » de l’adversaire de droite et l’angoissante possibilité de la réélection de Nicolas Sarkozy, sans me semble-t-il en tirer toutes les conclusions.


Anne Brigman the wondrous globe 1912 héliogravure - Musée d'Orsay

 
Le dernier sondage d’intentions de vote fournit les résultats suivants :

Le Pen Sarkozy Bayrou Autres petits candidats de droite Hollande Mélenchon Eva Joly
19 % 26 % 12 % 3 % 29 % 7.5 % 3 %

On note au passage que cette statistique rappelle que la France qui vote est largement latéralisée à droite pour 57 %, et à gauche pour 40 %.
Dés lors, on comprend sans difficulté que le candidat en tête « de gauche » pour avoir une chance de l’emporter, doit gagner des voix parmi les indécis et à droite, d’où l’exercice d’équilibriste sur le plan idéologique et programmatique, auquel il doit se livrer.
Frédéric Lordon a beau dénoncer la consigne de « vote utile » et dans ce cas, même s’il ne le dit pas, inviter à voter Mélenchon ou Joly qui sont des candidats de gauche de « sortie de cadre » (je n’évoque pas Poutou qui ne fait même pas 1%), je ne vois vraiment pas par quel miracle ces derniers pourraient augmenter leur score ne serait-ce qu’au niveau de Le Pen, l’autre candidat de « sortie de cadre » (alors au niveau d’Hollande, n’en parlons pas !).

Car faut-il le rappeler, l’enjeu est d’éviter qu’Hollande ne se retrouve comme Jospin en 2002 exclu du second tour, avec le plus probablement Le Pen et Sarkozy en lice finale.
Le risque n’est pas mince, les écarts entre Hollande, Sarkozy et Le Pen sont relativement faibles.
A priori, on ne doute pas que Sarkozy l’emporterait, ce qu’on voulait éviter.
« Il n’y a pas d’alternative » au vote utile, si ce qu’on souhaite est la non réélection de Sarkozy et barrer la route du second tour à Le Pen. Il va de soi que l’abstention offre la même perspective désolante.
Pour une perspective de « changement », Hollande est le pire des candidats à l’exception de tous les autres.


Mouseland


 Frédéric Lordon sur ce blog : L'école des infâmes