François Morel sur la matinale de France Inter
A l’heure où les opinions occidentales se « droitisent » et où les populistes d’extrême droite gagnent du terrain, le clivage politique gauche-droite a-t-il encore un sens ? Après l’échec patent du communisme, la gauche a-t-elle encore une alternative politique à offrir ? La question écologique peut-elle réanimer la politique ?
mercredi 15 juin 2011
L’école des infâmes
En disciple de Spinoza, Lordon déclare en post-scriptum qu'« il faut toute la cécité des demi-intellectuels » pour ne pas voir que les idées ne mènent à rien si elles ne sont « accompagnées d'affects ». Et il ajoute : « On pourra analyser la crise financière sous toutes ses coutures, raffiner l'argument autant qu'on veut, démonter les systèmes, exposer les rouages, tout ça ne vaudra jamais une image bien choisie qui fait bouillir les sangs ou, comme le dit fort à propos une expression commune, qu'on prend en pleine gueule – la gueule : le corps. » Il ne faut donc plus seulement « dire la crise », il faut « la montrer, la faire entendre » par tous les moyens, cinéma, littérature, photo, BD...
L'économiste Lordon a choisi le théâtre. Mieux : l'alexandrin. Plus fort encore : la farce moliéresque. D'un retournement l'autre, pièce en quatre actes, met en scène des archétypes - le Banquier, le Trader, le Président... - qui n'expriment pas d'états d'âme, mais « ventriloquent des positions » [...]
Puerta del sol mai 2011 par Pedro Armestre
EXTRAIT
Le nouveau deuxième conseiller (au président)
Résurgence de crétinisme triomphant,
Mais résumé complet - à sa façon brillant !
Alors que la finance était bonne à mater,
Vous n’avez rien fait d’autre que la réarmer.
Le bourreau s’est changé en une providence,
Prenez quelque recul, observez la séquence :
Crise de la finance, sauvetage public,
Explosion de la dette et rigueur hystérique.
Et comme d’habitude, à qui va l’addition ?
Qui doncque de la face pour être le dindon ?
Le peuple a le dos large, la chose est entendue,
Attention tout de même qu’accablé il ne rue.
Salarié, licencié, contribuable, usager,
De toutes ces façons de le faire banquer,
Il en est peut-être une qui est celle de trop.
Ce jour-là inutile de crier au complot,
A moins de penser à celui que vous armâtes
Et dont vous fîtes tout pour qu’enfin il éclate.
Le troisième conseiller, entrant précipitamment
Monsieur le président, des émeutes partout...
Le président
Mais enfin pourquoi doncque vous affolez-vous ?
Vont-ils de la Nation ou à la République ?
Le troisième conseiller
Ni l’un ni l’autre, hélas, la masse est anarchique. [...]
mardi 14 juin 2011
Les agences de notation bientôt dans le box des accusés ?
Groland : la crise expliquée simplement
Hormis la démonstration lumineuse de l’équipe de Groland, Inside Job est le meilleur documentaire expliquant « la crise de 2008 ».
Il n’épargne aucun acteur de la finance américaine que ce soient les banques, les économistes universitaires, les agences de notation, les autorités de régulation des marchés ou l’administration américaine.
On en sort bien peu rassuré et un brin désespéré : les principaux responsables n’ont pas été inquiétés, quand ils n’ont pas été nommés à des postes clés par la nouvelle administration Obama, et les règles ont pour l’heure peu changé.
On en sort bien peu rassuré et un brin désespéré : les principaux responsables n’ont pas été inquiétés, quand ils n’ont pas été nommés à des postes clés par la nouvelle administration Obama, et les règles ont pour l’heure peu changé.
Mais aussi perplexe. En effet, le film semble exonérer de toute responsabilité le reste du monde, à commencer par l’Europe, et prête même à notre Christine Lagarde nationale, qui se verrait bien en grand argentier de la planète pour remplacer DSK, d’avoir vu venir la catastrophe.
Bande-annonce d' Inside job de Charles Ferguson
Dans le film, il est notamment fait le procès des agences de notation financière qui n’ont eu de cesse de fournir des informations réjouissantes sur les banques et les produits financiers pourris qu’elles émettaient, avant tout parce qu’elles étaient rémunérées par ces mêmes banques (l'hypothèse de l'incompétence n'est également pas exclue).
La notation des emprunteurs par les agences de notation déterminent les taux auxquels ces derniers peuvent emprunter sur les marchés financiers. Actuellement le Portugal (tout comme d’ailleurs la Grèce et l’Irlande) se refinance à des taux d'intérêt "usuriers" (autour de 10%) qui font exploser la charge de remboursement et la dette.
Après la Grèce et l'Irlande, le Portugal a en effet dû solliciter une aide financière internationale. Et le prêt que lui a concédé la troïka Fonds monétaire international, Bruxelles et Banque centrale européenne atteint 78 milliards d'euros.
La centaine de mesures d'austérité (dont la baisse des salaires et la hausse de la TVA) imposées par le FMI n'a fait que renforcer l'aversion contre les agences. Dans les débats télévisés, sur les bancs des facs ou dans les réseaux sociaux, le sujet est devenu omniprésent.
La centaine de mesures d'austérité (dont la baisse des salaires et la hausse de la TVA) imposées par le FMI n'a fait que renforcer l'aversion contre les agences. Dans les débats télévisés, sur les bancs des facs ou dans les réseaux sociaux, le sujet est devenu omniprésent.
Aujourd’hui, Libération annonce la possibilité d’un procès de l’Etat portugais contre Moody’s, Fitch et Standard and Poors pour donner suite aux plaintes de quatre économistes de l’université de Coimbra.
Pour l’un d’entre eux, José Reis : "ces trois agences ont pêché à trois titres: elles concentrent 90% de la notation financière, ce qui est une entrave à la libre concurrence; elles possèdent des fonds d'investissement, il y a donc conflit d'intérêts; et elles bénéficient d'infos privilégiées. Nul ne conteste les problèmes structurels de l'économie portugaise, mais nous refusons que des intérêts privés dictent notre sort".
Même analyse de Manuel Brandão Alves, prof d'éco à Lisbonne. "A travers ces agences, nous voulons pointer du doigt leurs clients, les principaux responsables: intermédiaires financiers, fonds de pension, et même certains Etats..."
Même analyse de Manuel Brandão Alves, prof d'éco à Lisbonne. "A travers ces agences, nous voulons pointer du doigt leurs clients, les principaux responsables: intermédiaires financiers, fonds de pension, et même certains Etats..."
A SUIVRE...
P.S. Une brève sous cet article de Libération annonce le nième abaissement de la note de la dette à long terme de la Grèce, ce qui va encore renchérir son financement sur épargne.
João Botelho | Tráfico 1997
lundi 13 juin 2011
Les trois « non » des italiens : au nucléaire, à la privatisation de la gestion de l’eau et à l’immunité judiciaire de Berlusconi
"Le Caïman" : Moretti face à l'âme italienne - Le Monde 22/5/2006
Désavoué aux municipales, Silvio Berlusconi a essuyé un nouveau revers personnel lundi avec un vote massif des Italiens pour refuser par référendum le retour au nucléaire, une privatisation de la gestion de l'eau et la forme d'immunité judiciaire dont il bénéficie. [...]
La participation a été très forte, 57%, bien supérieure au quorum (50% plus une voix), indispensable pour que les référendums soient valables, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Cela faisait 16 ans que le quorum n'avait pas été atteint en Italie pour ce type de scrutin. [...]
Libération 14/6/2011
========================================================
L'Allemagne programme sa sortie du nucléaire
L'expérience parisienne de "remunicipalisation" de la gestion de l'eau
Le moraliste Luc Ferry pris la main dans le sac
jeudi 9 juin 2011
Des économistes britanniques publient un manifeste anti-austérité
Emeutes étudiantes à Londres - 10 novembre 2010
Une cinquantaine d'économistes britanniques ont demandé dimanche au gouvernement de revenir sur sa stratégie de réduction drastique des déficits et d'adopter un "plan B" pour l'économie, estimant que celle-ci est trop fragile pour encaisser de telles coupes.
Dans une lettre ouverte publiée par l'Observer, ces experts, classés à gauche, jugent "auto-destructrice" la politique menée actuellement par le gouvernement du conservateur David Cameron, "fondée largement sur la réduction des dépenses".Cette cure d'austérité "ne réussira probablement pas à réduire le déficit dans les délais prévus" et "a toutes les chances de se solder par beaucoup plus de mal que de bien", jugent-ils. (...)Ces universitaires préconisent une "vraie alternative", qui passerait notamment par une "véritable" réforme financière, la lutte contre l'évasion fiscale, la création d'emplois et le desserrement de l'étau sur les revenus et le pouvoir d'achat.
Andreas Gursky - Koweit Stock Exchange
George Osborne plan isn't working, say top UK economists - Guardian.co.uk - Saturday 4 June 2011
La conjuration des imbéciles 31 mai 2011 Jornal de Negócios Lisbonne
samedi 4 juin 2011
La Taxe Robin des bois, c’est pour quand ?
Plus que jamais opportune, en une période où les docteurs Diafoirus du FMI et de l’Union Européenne imposent leurs plans d’austérité aux pays les plus endettés d’Europe et programment ainsi leur récession, leur appauvrissement et leur insolvabilité future.
Ce n’est pas tant qu’ils croient eux-mêmes en l’efficacité de leurs potions toxiques mais l’essentiel est de donner des gages de bonne volonté à une finance internationale devenue folle et omnipotente par défaut de réglementation.
L’ironie insupportable de la situation réside dans le fait que la purge se fait sous la pression d’une sphère financière sauvée par l’endettement public et qui continue à se gaver.
Vieille idée du prix Nobel keynésien James Tobin qui proposait de taxer les transactions de change, reprise comme mesure phare par l’association Attac, la Taxe Robin des bois s’appliquerait à toutes les transactions financières.
Fixée à seulement 0,05%, elle pourrait rapporter plusieurs centaines de milliards d’euros par an, et permettrait de lutter véritablement contre la spéculation.(...)
Campagne Taxe Robin des bois, réalisée par Richard Curtis, avec Bill Nighy.
jeudi 2 juin 2011
La grande évasion
Martin Parr - Luxury
Des multinationales richissimes qui ne paient pas d’impôt ? Daniel Lebègue, ancien banquier et militant anti-corruption, décrypte leur méthode. (...)
Le documentaire Zambie, à qui profite le cuivre ? dénonce les manipulations financières et comptables auxquelles se livre Glencore pour se soustraire à l’impôt en Zambie. Le comportement de cette multinationale est-il atypique, ou révélateur d’un phénomène plus général ?
Le phénomène est largement répandu parmi les multinationales du secteur de l’énergie (pétrole, gaz) et de l’extraction minière. Toutes ne pratiquent pas, comme Glencore, l’évasion fiscale à grande échelle, mais nombre d’entre elles y ont recours plus ou moins légalement. Il suffit de regarder la fiscalité effective supportée par ces entreprises : elle est nulle ou très faible dans les pays du Sud et guère plus élevée dans leur pays d’origine. (...)
Le phénomène est largement répandu parmi les multinationales du secteur de l’énergie (pétrole, gaz) et de l’extraction minière. Toutes ne pratiquent pas, comme Glencore, l’évasion fiscale à grande échelle, mais nombre d’entre elles y ont recours plus ou moins légalement. Il suffit de regarder la fiscalité effective supportée par ces entreprises : elle est nulle ou très faible dans les pays du Sud et guère plus élevée dans leur pays d’origine. (...)
Pourquoi les multinationales américaines (du secteur de l’énergie) paient-elles si peu d’impôts ?
Il y a deux raisons à cela. Les administrations républicaines – Bush I et II – étaient pieds et poings liés avec les milieux de l’énergie et leur ont accordé des exonérations et des allègements d’impôt colossaux. Il n’est pas rare que les multinationales du secteur ne paient aucun impôt ou à des taux très faibles – de 5 à 8 % – alors qu’elles dégagent des profits annuels de plusieurs milliards de dollars. Par ailleurs, les Etats-Unis tolèrent depuis longtemps que leurs multinationales utilisent des paradis fiscaux pour loger de manière totalement fictive une partie importante de leurs profits, qui échappent ainsi à l’impôt. La crise de 2008 et les promesses de Barack Obama en la matière n’ont pour l’instant rien changé à la situation.
Pourquoi cette tolérance ?
Pourquoi cette tolérance ?
L’argument majeur, c’est la compétitivité des entreprises. Les Américains ont voulu avantager leurs industries grâce à une fiscalité minime ou nulle. Par effet de contagion, cette politique fiscale laxiste a contaminé tous les grands pays développés. (...)
Résultat, en France, même si le taux standard de l’impôt sur les sociétés est de 35 %, celui effectivement payé par les PME s’élève à 25 % et celui des entreprises du CAC 40 à… 8 %. Et certaines multinationales du CAC 40 comme Total ou Lafarge ne paient pas toujours d’impôt sur les sociétés en France. (...)
Inscription à :
Articles (Atom)




